LE BURNING ANGEL FLYING CIRCUS - PREMIER CONTACT ENVOI. Celui qui se faisait appeler Burning^Angel détourna les yeux de l'écran et reprit confortablement place dans le creux de son fauteuil aux formes ergonomiques, épousant, des reins jusqu'à la nuque, le moindre galbe du dossier qui bascula sur son articulation d'une bonne vingtaine de degrés en arrière. Les jambes allongées et croisées, les coudes appuyés contre les flancs, ses mains jointes à hauteur de menton imitèrent le mouvement souple d'une araignée en train de faire des pompes sur un miroir, tandis qu'il affrontait nonchalamment le regard foudroyant de son interlocuteur. - Espèce de minus, tu sais pas à qui t'as affaire. T'es qu'une punaise et devine quoi ? J'aime pas les punaises, ça pue quand on les écrase. En face de lui, un certain Edmond Leverat, témoignant d'une brutalité et d'un manque de retenue qui juraient passablement avec le raffinement manifeste de sa panoplie d'homme d'affaires, venait de prendre la parole. Mocassins cousus main à semelles cuir, au lustrage éclatant, costume croisé anthracite de coupe impeccable sur chemise blanche, col boutonné et cravate à fine rayures assortie. Cette dernière étranglait un cou de taureau, prolongé lui-même d'un menton en galoche, une bouche pincée, des joues creusées par la violence verbale de sa diction, hargneuse et péremptoire. Des pommettes saillantes, un œil plus que noir, complétaient le faciès énergique, sanguin, de l'homme au crâne luisant qui avait bondi de son siège et brandissait maintenant son index tendu par dessus le bureau. Burning^Angel ne trembla pas d'un cil. Il se contenta de répondre silencieusement à cette tentative d'intimidation en s'illuminant d'un léger sourire, lequel n'arrangea en rien l'humeur de celui à qui il était adressé. Contrairement à ce que pouvait croire Leverat, il savait de manière très précise à qui il avait affaire : un serpent de la pire espèce, businessman cruel, assoiffé de pouvoir, sans scrupules, d'une perversité absolue au sens psychanalytique du terme. Fondateur, ex-dirigeant, encore actionnaire majoritaire, d'Exploten, une importante société de sous-traitance, filiale de Systel Technologies, spécialisée dans la conception/fabrication de composants électroniques et de systèmes de communication destinés à des applications militaires de pointe, Leverat a occupé pendant onze ans le poste de Directeur Régional Senior, en charge du développement de l'ensemble des activités industrielles du groupe dans les pays du Sud-Est Asiatique. À partir de la fin des années 80, mettant à profit la soudaine volonté du gouvernement birman d'ouverture de son territoire aux investisseurs étrangers, cet ancien ingénieur en électronique de cinquante cinq ans a discrètement orchestré l'implantation de plusieurs usines de semi-conducteurs au Nord du Myanmar. Systel figure à ce titre parmi les premiers à répondre à cet appel de capitaux, pactisant ainsi avec une des plus sinistres juntes militaires du monde, véritable narcodictature, maintes fois montrée du doigt par tous les organismes de défense des droits de l'homme. Aujourd'hui, de retour en Europe, Edmont Leverat, brigue le siège de Secrétaire général au sein du conseil d'administration du groupe, candidature discutée, mais solidement appuyée par différents membres du conseil, dont le vice-président. TO BE CONTINUED |

